De l'Art du laisser-être (Laurianne Corneille)

« De l'Art du laisser-être »
On devient professeur par chaque élève auquel on apporte la possibilité d’être ce qu’il est. Il faut ouvrir des portes, conduire l’apprenant à lui-même. Laisser croître en somme.
Chaque individu porte son propre potentiel et il n’existe rien de plus dangereux qu’un enseignant tenté de cloner son propre style.
Inspirer sans diriger. Suggérer sans imposer. Convaincre sans abrutir.
Accepter l’individu qui se trouve en face de soi, entendre sa différence, ce qu’il changera du discours reçu. C’est ce changement qui construira l’évolution de l’enseignement.
On ne naît pas enseignant, on le devient.Mais c’est quoi enseigner la musique ? Comment susciter l’expérience cognitive, sensorielle et artistique… ?
Comme tout enseignement digne de ce nom, la pédagogie dans le domaine de l’Art a valeur de guidage de l’apprenant dans un milieu défini. Cependant, jouer d’un instrument fait intervenir autant le corps, que l’esprit et les affects (le cœur si l’on préfère ce terme). Dès lors, on imagine la fragilité, la délicatesse du matériau en perpétuelle mouvance avec laquelle le pédagogue doit  « travailler».
Enseigner la musique, c’est d’abord transmettre les outils, les arguments qui vont permettre à l’apprenant de réaliser son propre objet musical, un événement censé lui ressembler. Les outils proposés et mis en place par l’enseignant permettront à l’apprenant de potentialiser et de forger des techniques (cf. origine latine du mot art, ars : habileté, activité), de mettre en place des moyens concrets afin d’accomplir ou d’approcher au mieux sa vision personnelle (et donc artistique). Cet aspect de la pédagogie est, à mon sens, le moins significatif de l’expérience. En effet, à ce stade, le professeur ne fait qu’apposer des systèmes, des représentations définies.
En réalité, tout l’art de guider consiste à laisser être. Et c’est l’aspect le plus difficile de l’enseignement : être présent, mais avoir la patience de laisser l’apprenant s’engager sur un chemin et l’arpenter, au risque même de se tromper. Néanmoins, il est important de se trouver à ses côtés sur le « chemin » et de l’aider à analyser la situation : le laisser s’exprimer sur les conditions de ses choix, énoncer la manière dont il a ressenti les choses, comprendre les raisons d’une éventuelle errance, et enfin l’aider à en tirer les conclusions possibles définies par son expérience.
Il s’agit d’aider une démarche empirique à se résoudre d’elle-même. C’est l’exact opposé d’un enseignement qui axerait la démarche sur un discours abstrait et à sens unique, dispensé par un émetteur qui ne parlerait finalement que de sa propre expérience… (Le propos ici n’est pas de fustiger cette démarche qui peut être utilisée à des fins précises et porter ses fruits.)
Et c’est alors, après ce laisser-faire, ce laisser-être, qu’il est souverain de proposer, (tout en se gardant d’imposer ) des techniques, des systèmes de pensées, des héritages …. On doit se faire chercheur pour parvenir à guider et à appréhender avec l’élève la meilleure voie (choix évidemment subjectif) qui réunira à la fois ce que l’œuvre demande et ce que l’artiste recherche. Cette voie est unique, isolée dans un moment M ( donc toujours réenvisageable, réévaluable a posteriori) et doit être adaptée à l’artiste-apprenant. Enseigner revient donc à proposer un choix, une vision, tout en suggérant , en énonçant à chaque fois, la multitude des « possibles » . Démarche difficile qui ne peut prendre aucun système comme version définitive. C’est à ce prix que l’on peut obtenir une véritable réflexion.
Suggérer une interprétation, accoucher un esprit (il s’agirait en quelque sorte d’une maïeutique de l’interprétation), et enfin, dans le meilleur des cas, tendre à l’apprenant le miroir des processus cognitifs, physiques et émotionnels mis à l’œuvre et responsables des choix et changements dans ce type de démarche.
Tendre un miroir revient à aider une personnalité à se révéler. La joie de l’enseignement, c’est bien-sûr de produire des maîtres et non des disciples.
Permettre l’avènement du « Gnôthi Seauton », adage grec inscrit sur le fronton du temple de Delphes, c’est deviner ce qui se passe en tant qu’enseignant et aider l’apprenant à deviner lui-même ce qui se passe.
Mais il faut toujours garder à l’esprit qu’aucune recette n’est définitive. Celle que vous venez de lire y compris…
« Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien. » disait Socrate.


Laurianne Corneille

 

 

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